26 de July de 2019
Photo: Francisco Proner

Le 7 avril, cela a fait un an que l’ancien Président Luiz Inacio Lula da Silva a été injustement emprisonné – accusé et reconnu coupable d’un crime inexistant. Lula, l’un des plus grands dirigeants populaires du monde, a été victime d’un procès illégal et illégitime qui, loin de représenter une tentative de justice, a servi, depuis sa création, à une fraude procédurale destinée à l’empêcher de participer aux élections présidentielle de l’année dernière – dans lesquelles il est apparu comme le favori de tous les sondages. Lula représente un modèle de développement qui distribue les revenus et promeut la justice sociale.

Le coup d’État de 2016 – une destitution sans crime de responsabilité pénale – contre le mandat de la présidente Dilma Rousseff, l’État de Droit et la démocratie au Brésil fut avant tout un coup contre ce modèle de développement et, par la suite, à la mise en œuvre d’un modèle ultralibéral de retrait des droits. En 12 ans, 20 millions d’emplois ont été créés, 32 millions de personnes sont sorties de la pauvreté et le PIB brésilien a été multiplié par cinq. Le coup d’État et les attaques contre la démocratie ont commencé en 2014, lorsque la droite nationale n’a pas accepté le résultat des élections et s’est mise à attaquer et à déstabiliser le gouvernement légitimement élu. Depuis lors, la gauche, le mouvement syndical et les mouvements sociaux ont été la cible constante d’attaques médiatiques, législatives et juridiques. Ceux de droite persécutent les organisations, les dirigeants, les droits sociaux, les travailleurs et même les propres droits de l’homme. L’arrestation frauduleuse et illégale de l’ancien président Lula est la continuation de ce processus, qui a culminé par la victoire électorale de Jair Bolsonaro.

Jair Bolsonaro s’est fait remarquer, tout au long de ses 28 années d’activité parlementaire, pour avoir systématiquement attaqué les droits de l’homme, notamment les droits des ouvriers, et il a proféré une série sans fin de déclarations machistes, misogynes, racistes et contre la population LGBT. En ce qui concerne les droits de l’homme et l’ONU, Bolsonaro a même déclaré que, élu président, le Brésil quitterait le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, car cette institution «ne sert à rien». Les critiques ne sont pas d’aujourd’hui. En 2016, Bolsonaro a publié sur un réseau social que les droits de l’homme sont «le fumier du vagabondage». Cette droite, qui a ouvertement conspiré contre le mandat de la présidente élue et qui aussi a contribué activement à l’élection d’un président proto fasciste, est une héritière direct du passé séculaire de l’esclavage et réactionnaire qui a marqué l’histoire nationale.

Sérgio Moro, le même juge qui a participé aux enquêtes, aux instructions pénales et qui a jugé et condamné l’ancien président Lula de manière inconstitutionnelle, est l’actuel ministre de la Justice et de la Sécurité publique du président Jair Bolsonaro. Le même ancien juge qui avait divulgué aux médias des appels téléphoniques illégalement interceptés entre Lula et l’alors présidente Dilma Rousseff, sa famille et ses avocats, portant ainsi atteinte non seulement à la Constitution brésilienne, mais également à des traités internationaux tels que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de l’ONU. La divulgation illégale des écoutes téléphoniques a été décisive pour que Lula ne puisse assumer le poste de Chef du Cabinet de l’ancienne présidente Dilma Rousseff – affaiblissant ainsi le gouvernement et contribuant ensuite au coup d’État parlementaire contre son mandat.

La condamnation sans preuve de l’ancien président Lula, une procédure typique des régimes autoritaires, par un juge de première instance qui a également agi dès le début en tant que promoteur du coup d’État parlementaire contre la présidente Dilma Rousseff et qui ensuite est devenu ministre du principal bénéficiaire de ses décisions, est une preuve supplémentaire du fait qu’au Brésil la démocratie est devenue une pure fiction. Moro, lorsqu’il était juge, félicitait en public les foules qui protestaient contre le gouvernement Dilma et demandaient l’arrestation de Lula – Sérgio Moro a utilisé sa toge pour faire de la politique partisane et faire profiter son patron actuel, le président Jair Bolsonaro.

Le «cas Lula» est un enchevêtrement complexe d’illégalité, de manque de respect pour la constitution et d’opportunisme juridique et politique. Même avant la condamnation dans «l’affaire triplex» [NdT: le soi-disant appartement faussement attribué à Lula], les procureurs de Lava Jato ont demandé une série de mesures judiciaires arbitraires autorisées par l’ancien juge Sérgio Moro. En mars 2016, Lula a été victime d’une «conduite coercitive» – dans la pratique, il a été détenu pendant environ 6 heures pour faire une déclaration qu’il ne s’était jamais refusé à donner, simplement pour créer un climat artificiel de culpabilité devant le public et la société. A cette époque, la conduite coercitive de Lula avait servi à animer et à mobiliser une manifestation en faveur de la destitution de l’ancienne présidente Dilma Rousseff. La “conduite coercitive” a par la suite été jugée inconstitutionnelle par le propre STF [NdT: la Cour suprême fédérale].

Le Lavage Express a mis sur écoute les téléphones du bureau de l’avocat de l’ancien président Lula. Pour surveiller de cette façon et en temps réel, toute la stratégie de défense établie en faveur de Lula par ses avocats. Les conversations enregistrées ont été déposées par la police fédérale au bureau de la justice présidé par l’ancien juge Sergio Moro. Aucune des personnes impliquées n’a été punie et la plainte pénale déposée par Lula contre l’ancien juge a été sommairement archivée par le TRF-4 [NdT: Le Tribunal Régional Fédéral nº 4]. Dans sa décision au sujet des écoutes téléphoniques, le TRF-4 a utilisé comme justification l’argument selon lequel Lavage Express “constitue sans aucun doute une situation sans précédent qui mérite un traitement exceptionnel”.

Lors du premier procès dans lequel il a été condamné, Lula a été “jugé” pour corruption et blanchiment d’argent en relation avec un appartement triplex qui lui aurait été “offert” par l’OAS [NdT: une entreprise de construction civile] en échange de faveurs relatives à trois contrats conclus par des consortiums de l’OAS avec l’entreprise publique pétrolière Petrobras. Et, en outre, que les ressources qui ont abouti au dit triplex auraient été dérivées de ces contrats. Le témoignage de l’ancien président de l’OAS, José Adelmário Pinheiro Filho, est au centre de la condamnation de Sérgio Moro, qui a condamné Lula. Pinheiro, qui avait été condamné à plus de 40 ans de prison, a vu sa peine considérablement réduite peu de temps après avoir changé sa déposition initiale qui avait acquitté l’ancien président pour une fausse affirmation selon laquelle Lula était propriétaire du triplex.

Aucun des 73 témoins entendus au cours des 23 audiences tenues dans cette affaire a pu exhiber un fait quelconque qui prouve que Lula est le propriétaire du bien immobilier. Toutes les expertises requises par la défense de Lula pour prouver qu’aucune somme de Petrobras n’avait été attribuée directement ou indirectement à l’ancien président ont été révoquées par l’ancien juge Moro.

En termes techniques, le crime de corruption passive présuppose que le fonctionnaire public accomplisse un acte relevant de sa compétence et reçoive, en retour, un avantage du fait qu’il a commis ou omis d’accomplir l’acte en question. Néanmoins, le juge n’a identifié aucun acte spécifique de l’ancien président Lula qui lui donnerait un avantage indu – en l’occurrence, l’appartement triplex – dans sa condamnation ne traitant que “d’actes indéterminés”. Plus fort encore, Moro n’établit pas le lien entre la plainte déposée par le ministère public fédéral et la condamnation. L’ancien président Lula est dénoncé pour une série d’actes totalement ignorés dans la sentence du juge.

L’organisme responsable pour l’accusation, en l’occurrence le procureur fédéral, dépose une plainte et le juge condamne l’accusé pour une autre. En outre, en réponse aux interdictions de déclarations établies par la défense, Moro admet, lors d’un possible lapsus, qu’il ne serait pas le juge naturel de l’affaire: “Ce jugement n’a jamais affirmé, au moment de la sentence ou à un autre moment, que les montants obtenus par OAS dans les contrats avec Petrobras ont été utilisés pour payer l’avantage indu à l’ancien président”.

La sentence de l’ancien juge Sérgio Moro à condamner Lula pour «actes indéterminés» a utilisé comme référence le jugement d’un tribunal intermédiaire américain qui avait défendu la configuration d’un crime de corruption sans qu’il soit nécessaire de prouver l’acte d’office [NdT: acte de corruption passive d’un fonctionnaire] de l’agent public. Non seulement la décision est totalement étrangère au cadre juridique de l’État brésilien, de plus la peine a déjà été réformée par décision de la Cour Suprême des États-Unis.

Le procès en deuxième instance a été remarqué par la combinaison inacceptable du résultat obtenu par les trois juges fédéraux, y compris la détermination d’une augmentation de la peine – une manœuvre visant à éviter la prescription de l’affaire. Bien que l’affaire “triplex” compte plus de 250 000 pages, l’appel de Lula au TRF-4 a été traité en un temps record. De plus, le résultat avait été annoncé par le président du TRF-4 avant le dépôt du protocole d’appel par la défense de Lula. Au cours de l’interjection de l’appel devant le TRF-4, la défense de l’ancien président Lula a présenté de nouveaux faits qui ont été sommairement rejetés. Parmi ces nouveaux faits, il convient de noter les vidéos d’anciens procureurs américains qui admettent avoir aidé informellement – et, partant, illégalement – les membres de Lavage Express à défendre l’affaire contre Lula et à condamner l’ancien président. L’entreprise Petrobras a participé à l’ensemble du processus en tant qu’assistant d’accusation au procureur adjoint du MPF (Ministère Public Fédéral), se prétendant victime des faits; aux États-Unis, cependant, Petrobras a signé un accord confessant être coupable pour les mêmes faits.

Lula a été arrêté avant même que tous les appels ne soient épuisés en deuxième instance. Cependant, la Constitution fédérale garantit que la présomption d’innocence ne peut être rejetée qu’en présence d’une déclaration de culpabilité définitive (ayant force de chose jugée), ce qui n’existe pas dans le cas de l’ancien président. Si la condamnation en deuxième instance a déjà été traitée en un temps record – afin de rendre impossible la participation de l’ancien président aux élections de 2018 -, la décision de l’ancien juge Sergio Moro ordonnant l’arrestation de l’ancien président était signée exactement 19 minutes après que le TRF-4 ait publié l’acte officiel permettant le décret d’arrestation.

Avant cela, l’arrestation de Lula n’a été possible qu’après une manœuvre honteuse de la part du STF. L’arrestation en deuxième instance a été autorisée par une majorité étroite et circonstancielle du STF en octobre 2016 – au plus fort de l’acharnement punitif et du non-respect de la procédure régulière et du large droit de la défense suscité par l’opération Lavage Express. Néanmoins, dès lors, la composition et l’opinion des ministres du STF se sont inversées et aujourd’hui, très probablement, il y a une majorité qui s’est formée pour que la Constitution soit respectée et pour que la présomption d’innocence ne puisse être révoquée qu’en cas de condamnation définitive.

Afin d’empêcher que la décision sur l’arrestation en deuxième instance ne soit remodelée, – ce qui empêcherait l’arrestation de l’ancien président Lula -, le président du STF à l’époque, la ministre Cármen Lúcia, avait modifié l’ordre du jour du STF afin d’empêcher l’examen de la jurisprudence sur le thème. Cármen Lúcia a également empêché que le HC (Habeas Corpus) de Lula puisse devenir un jugement pouvant avoir des répercussions générales. Sur cette base, la ministre du STF, Rosa Weber, a décidé de voter en accord avec la vision actuelle du STF, qui autorise depuis 2016 l’exécution provisoire de la peine. Rosa Weber s’oppose à la thèse de la prison en deuxième instance et a déclaré à certaines occasions qu’elle votera de cette manière lors de l’examen du fond de l’affaire. À propos de la manœuvre de l’ancien président du STF, Marco Aurélio Mello, un autre ministre du STF, a déclaré: « Des temps étranges. Je suis ici depuis 28 ans et je n’ai jamais vu une telle manipulation de l’ordre du jour. »

Encore plus bizarre a été l’ingérence de l’armée brésilienne dans la discussion sur le sujet. Le général Eduardo Villas Bôas, alors commandant de l’armée, a confessé que les autorités des forces armées avaient coordonné l’action afin de faire pression sur le STF pour que l’ancien président Lula soit maintenu en détention. Dans une interview accordée au journal Folha de Sao Paulo, Villas Bôas a déclaré qu’il avait agi «à la limite» en utilisant Twitter à la veille du procès en appel de Lula devant le STF, à temps pour être lu dans «Jornal Nacional», le principal journal télévisé du pays.

Jusqu’à ce jour – le mois de mai 2019 – le débat sur les arrestations en deuxième instance n’a pas encore eu lieu en séance plénière du STF. Le procès, qui aurait dû se dérouler le 10 avril, a été rayé de l’ordre du jour par le président du STF, le ministre Dias Toffoli, et suspendu sine die. La presse spécule que la décision de Toffoli était motivée pour attendre que l’appel de l’ancien président Lula, contre la condamnation dans l’affaire du triplex de Guarujá, soit jugé par la Cour supérieure de justice (STJ).

En juillet 2018, des nouvelles circonstances exceptionnelles. Le juge Rogério Favreto a autorisé l’habeas corpus autorisant la libération de Lula. Favreto a qualifié comme “illégale et inconstitutionnelle” l’exécution provisoire de la peine de Lula et a déclaré que cette exécution “ne peut pas révoquer ses droits politiques, ni restreindre le droit à des actes inhérents à la condition de pré-candidat à la présidence de la République”. Favreto a également tenu à expliquer le motif de l’arrestation de Lula: le refus de Cármen Lúcia, la présidente du STF, de statuer sur les Actions Déclaratoires d’Inconstitutionnalité numéro 43 et 44 [NdT: une ADI est une action qui a pour but de déclarer qu’une loi ou partie de loi est inconstitutionnelle] , qui remettent en cause les arrestations en deuxième instance.

Face à cette décision, l’ancien juge Sergio Moro, actuellement ministre de la Justice de Bolsonaro, qui était au Portugal en vacances, a demandé à la police fédérale de ne pas libérer Lula avant de la décision du Huitième Panel du TRF-4. Le juge João Pedro Gebran Neto, rapporteur de Lavage Express au TRF-4 et qui était en congé, a décidé que la décision de Favreto ne soit pas exécutée. Alors, Favreto a réitéré la détermination. Mais celui qui a eu le dernier mot a été le président du TRF-4, Thompson Flores, qui a décidé de maintenir la prison. Seule l’affaire Lula serait en mesure de générer une telle dextérité de la part des juges en vacances et en congés – et en plein milieu du week-end – pour déterminer que la décision de routine d’un autre juge ne devrait pas être exécutée.

Après l’arrestation illégale de l’ancien président Lula, les organisateurs du coup d’État contre la démocratie brésilienne avaient encore besoin d’empêcher sa nouvelle candidature à la présidence de la République. Et c’est ce qu’ils ont fait, même si pour cela il était nécessaire d’ignorer la décision du Comité des droits de l’homme des Nations Unies. La candidature de l’ancien président a été interdite, contrairement à la loi électorale, à la jurisprudence et à la détermination du Comité des droits de l’homme des Nations Unies à garantir ses droits politiques. Le Comité a décidé que l’État brésilien devait accepter la candidature de Lula jusqu’à ce que tous les recours judiciaires impliquant la condamnation de l’ancien président aient été épuisés. Les tribunaux brésiliens ont ignoré la décision du Comité et opposé leur veto à la candidature de Lula.

L’ancien juge et ministre actuel du gouvernement d’extrême droite, Sergio Moro, a négocié son entrée au ministère de Bolsonaro pendant la période électorale – comme l’a révélé, dans une interview avec le journal Valor Econômico, le vice-président de Bolsonaro, Général Hamilton Mourão. Après cette négociation et à moins de 6 jours pour les élections de 2018, Moro a supprimé la confidentialité de la négociation de peine d’Antonio Palocci, approuvée par la police fédérale. Sans la moindre preuve, la collaboration a été réalisée par un dénonciateur emprisonné et sous pression qui cherchait à tout prix à garantir sa liberté et partie des bénéfices de la corruption.

Antonio Palocci, en prison depuis 2016, a été condamné à 12 ans et deux mois de prison. Palocci a commencé ses tentatives pour offrir sa collaboration à la justice à la mi-juillet 2017, toujours avec le procureur, mais l’accord n’a pas avancé.Plus tard, il a négocié avec la police fédérale. Dans une interview accordée à Folha de S. Paulo à la fin du mois de juillet, Carlos Fernando Lima, procureur de l’équipe d’enquête Lavage Express, a expliqué en détail que la dénonciation de Palocci, aux yeux du ministère public, n’était pas valide, pour manque de preuves. La divulgation de cette dénonciation, avec une série d’accusations non prouvées contre l’ancien président Lula et le Parti des travailleurs, avait clairement pour objet d’influencer l’élection présidentielle et de favoriser le candidat Bolsonaro, avec lequel Moro avait déjà négocié son entrée au ministère de la Justice. Selon la défense de Lula: “Moro a joint au procès, de sa propre initiative (« d’office »), le témoignage de M. Antonio Palocci dans sa condition de délateur avec comme objectif très clair d’essayer de provoquer des remous politiques sur Lula et ses alliés, précisément puisque le juge lui-même reconnaît qu’il ne sera pas en mesure de prendre en compte une telle déclaration dans la poursuite. À cela s’ajoute le fait que la dénonciation a été rejetée par le ministère public. En outre, l’hypothèse de l’accusation a été détruite par les éléments de preuve au dossier, y compris les rapports d’expert”.

En février de 2019, la juge Gabriela Hardt de la 13e Cour fédérale de Curitiba, remplaçante de l’ancien juge et aujourd’hui ministre de Bolsonaro, Sergio Moro, a condamné à nouveau l’ancien président Lula dans le cadre de travaux sur une propriété à Atibaia, São Paulo. Selon l’avocat de Lula, Cristiano Zanin, “De nouveau, la Cour fédérale de Curitiba a assigné la responsabilité pénale à l’ancien président sur la base d’une accusation mettant en cause un bien dont il n’est pas le propriétaire, une caisse commune et d’autres accusations mentionnées uniquement par des délateurs généreusement bénéficiés.” Le ministère public a accusé Lula d’être le propriétaire du site, mais le juge a écrit: “Il a déjà été relaté dans cette sentence que la propriété du site n’est pas discutée ici”.

La décision de Hardt suit la même ligne de conduite que la peine prononcée par l’ancien juge Sérgio Moro, qui a condamné Lula sans qu’il n’ait commis la moindre irrégularité reliée à la réception d’avantages injustifiés. La décision a ignoré les preuves d’innocence présentées par la défense de Lula, à un tel point qu’elle a réfuté certains de ces arguments en faisant référence aux “témoignages de collaborateurs et accusés, Leo Pinheiro et José Adelmário” comme s’il s’agissait de personnes différentes – en fait, il s’agissait du même dénonciateur, l’ancien président de l’entrepreneur OAS, qui a modifié ses déclarations sur Lula et a bénéficié d’une réduction de peine considérable.

L’expertise à la demande de la défense, dans la décision de la juge Gabriela Hardt, a montré que celle-ci avait modifié l’ordre des passages et utilisé des phrases et expressions identiques à celles utilisées par Moro dans l’affaire du triplex. Le rapport affirme que la juge a tiré parti du «même fichier de texte» utilisé par Moro. Le magistrat a notamment copié le passage traitant du calcul de la peine, dans lequel un paragraphe entier est identique à celui de l’ancien juge – reproduisant même la référence à un «appartement» – le fameux triplex de Guarujá.

Lors d’une autre attaque, le pouvoir judiciaire a interdit à Lula de dire au revoir à l’un de ses frères, décédé en janvier 2019. Le frère aîné et très proche de l’ancien président Lula, Vavá, âgé de 79 ans, est décédé à São Paulo. Même pendant la dictature militaire, alors qu’il était prisonnier politique pour la première fois, Lula avait eu le droit d’assister aux obsèques de sa mère, Dona Lindú, le 12 mai 1980. Cette fois-ci, les refus de la police fédérale de Paraná, de la juge Carolina Lebbos et du TRF-4 devant un droit énoncé par la loi sur l’exécution des peines, ont utilisé comme justification la «difficulté logistique» ou les «questions de sécurité». Il est important de noter que les lois brésiliennes sont catégoriques, en vertu de la propre loi sur l’exécution des peines (art. 120), autorisant expressément les détenus à se rendre à des cérémonies funéraires et enterrements de familiaux – un droit accordé quotidiennement et de manière routinière à des milliers de prisonniers à travers le pays.

Après avoir vu tous ces recours rejetés, le ministre du STF, Dias Toffoli, a “libéré” Lula pour veiller son frère. Mais ce qui sous-tend cette décision, c’est une nouvelle attaque contre les droits de l’ancien président. La décision de Toffoli intervient quelques minutes avant l’enterrement du frère de Lula – ce qui en pratique rend sa présence non viable. Face à la terrible répercussion publique de cette première affaire, Lula a été libéré pour assister à la veillée funèbre de son petit-fils, Arthur Araújo Lula da Silva, agé d’à peine 7 ans, décédé d’une infection généralisée, le 1er mars 2019. La juge responsable de l’exécution des peines de l’ancien président lui a interdit de faire des déclarations publiques et a ordonné que les militants ne soient pas convoqués sur les lieux. En outre, la juge a aussi limité la présence de la presse lors des funérailles. Encore en février de 2017, au moment le plus fort de la persécution de Lavage Express, Marisa Leticia Lula da Silva, épouse de l’ancien président, décéda des suites d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Postérieurement, Lula a déclaré: “Je ne pense pas que le Brésil a été injuste envers elle, mais ces petits bonhommes du Lavage Express sont responsables de sa mort”. Marisa Leticia était également l’objet d’une enquête dans le cadre des poursuites intentées par Lavage Express et, même après sa mort, l’ancien juge Sergio Moro a refusé de déclarer son innocence – Moro ordonna la levée de la possibilité de punition pour Marisa après sa mort, mais sans envisager son innocence ou sa culpabilité.

À la Surintendance de la police fédérale à Curitiba, Lula est dans une cellule improvisée et il n’est en contact qu’avec ses geôliers, avocats, amis et les parents autorisés à lui rendre visite. Néanmoins, parmi les nombreuses visites internationales que l’ancien président a reçues, on peut citer: Juan Carlos Monedero, fondateur du parti espagnol Somos; Pepe Mujica, ancien président de l’Uruguay; le député italien Roberto Gualtieri; Ernesto Samper, ancien président de la Colombie et ancien secrétaire général de l’Union des Nations sud-américaines (Unasur); Martin Schulz, leader de la social-démocratie allemande et ancien président du Parlement européen; l’ancien Premier ministre italien Massimo D’Alema; Cuauhtémoc Cárdenas, ancien gouverneur du district fédéral de Mexico; le prix Nobel de la paix, l’Argentin Adolfo Pérez Esquivel; la secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale, Sharan Burrow, et des intellectuels de renom tels que Noam Chomsky et Domenico de Masi. Comme l’a déclaré Celso Amorim, l’ancien ministre des Affaires étrangères et président actuel du Comité international de Lula Libre, «C’est quoi ce pays où une cellule de prison à Curitiba est plus visitée par des personnalités politiques internationales, des autorités, que le palais présidentiel? Il y a quelque chose qui ne va pas du tout dans le pays pour que cela se passe ainsi.”

Ces visites constituent un élément fondamental du mouvement “Veillée Lula Libre”. La veillée n’a jamais cessé de «fonctionner» depuis son installation, la veille du jour où l’ancien président a quitté São Bernardo do Campo vers la capitale du Paraná, le 7 avril 2018. La Veillée Lula Libre est devenue un lieu de pèlerinage pour les militants de divers états du Brésil et d’autres pays, qui se mobilisent pour manifester leur solidarité et protester contre l’arrestation injuste et non prouvée. La veillée est la garantie que Lula ne sera jamais seul: aucun jour ne s’est passé sans que les militants ne crient «bonjour», «bon après-midi» ou «bonne nuit» à l’ancien président.

Malgré l’évident et indéniable intérêt public et historique d’une interview avec Lula, le STF a toujours empêché le contact de l’ancien président avec des journalistes tout au long de la campagne électorale. À cette époque, dans une autre décision prise au cas par cas, le ministre du STF, Luiz Fux, avait suspendu une injonction préliminaire accordée par le ministre Ricardo Lewandowski, autorisant l’entretien de l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva (PT) à Folha de S. Paulo Il est loin d’être banal pour un ministre du Suprême Tribunal Fédérale de suspendre la décision monocratique d’un autre ministre du Suprême. Pour Lula, cependant, les tribunaux brésiliens ne se lassent jamais de traiter la loi avec partialité – “en tenant compte du nom figurant sur la couverture du dossier”, comme a déclaré le ministre Marco Aurélio Mello (STF).

Seulement en avril 2019 que le président du STF, Dias Toffoli, a libéré l’ancien président Luiz pour donner des interviews. C’est chose courante d’interviewer des prisonniers appartenant à des unités pénitentiaires, mais Lula n’est pas un prisonnier ordinaire. Lula est un prisonnier politique, un prisonnier d’opinion. L’interview du président Lula, accordée aux journaux El País et Folha de São Paulo, a eu des répercussions dans la presse du monde entier. Lula reste orgueilleux et convaincu qu’il prouvera son innocence: «Je reste en prison cent ans. Mais je n’échange pas ma dignité pour ma liberté”. En outre, il reste attentif au scénario politique du pays et à la souffrance du peuple brésilien: «Faisons une autocritique générale dans ce pays. Ce qui ne peut pas être, c’est que ce pays soit dirigé par ce groupe de fous qui dirigent le pays. Le pays ne mérite pas cela et surtout le peuple ne le mérite pas ».

La Cour supérieure de justice (STJ) a décidé à l’unanimité, le 23 avril, de réduire la peine de l’ancien président Lula à 8 ans, 10 mois et 20 jours dans le cas du triplex Guarujá. La Cour a eu recours à des formalités inapplicables au cas concret et a cessé de procéder à un examen effectif du bien-fondé, comme le demandait l’appel de la défense. Le STJ a estimé qu’il ne pouvait pas examiner à nouveau les preuves de l’affaire mais seulement évaluer si les preuves étaient prises en compte comme le déterminent les lois pénales. La réduction de la peine de l’ancien président était un premier pas dans la lutte aux abus exercés contre l’ancien président par la Lavage Express. Comme l’a affirmé la défense de l’ancien président : “c’est bien peu, mais c’est le début”. Un des plus importants juristes vivants du pays, Celso Antônio Bandeira de Mello a déclaré “la prison de Lula est un vrai délire et (les ministres du STJ) ont perdu l’opportunité de lui rendre l’absolution. La condamnation est une folie sans preuves. Finalement, réduire la peine est le minimum face à ce qui devrait être fait.” Toujours sans abandonner l’absolution, la défense de Lula a déposé une requête auprès de la STJ avec une déclaration revendiquant le droit de régime ouvert auquel Lula aurait déjà droit et demandant toujours la nullité de l’affaire.

Le nommé «droit pénal de l’ennemi» est pratiqué contre Lula – ils agissent en tant que «le juge qui ne veut pas perdre le jeu» – comme l’a expliqué le célèbre juriste italien Luigi Ferrajoli lors d’une audience publique tenue au Parlement de Rome en avril 2018 et, dans une lettre ultérieure, qui dénonce avec force la persécution de Lula et le manque “impressionnant” d’impartialité de la justice brésilienne. Lula est sans aucun doute victime de Lawfare: une guerre menée en manipulant les lois pour cibler quelqu’un qui a été désigné ennemi politique – l’utilisation abusive de la loi comme arme de guerre. Comme le président Lula l’a lui-même écrit dans un article paru dans le journal Folha de São Paulo le 7 avril: «Pourquoi craignez-vous tant la liberté de Lula, si vous avez déjà atteint l’objectif d’empêcher mon élection, s’il n’y a rien qui justifie cette prison? En fait, ce qu’ils craignent, c’est l’organisation populaire qui s’identifie avec notre projet de pays. Ils craignent de devoir reconnaître les mesures arbitraires qu’ils ont prises pour élire un président incapable qui nous remplit de honte.”

Récemment, l’opération Lavage Express a tenté sa manœuvre politique la plus audacieuse. Un accord entre les procureurs de l’Opération et les États-Unis – qui ne s’appuie sur aucune loi brésilienne – et qui consiste à recevoir 2,5 milliards de réals de Petrobras, soient environ 853 millions de dollars, et à le gérer via une fondation de droit privé. Les montants proviendraient des amendes que Petrobras devrait payer aux États-Unis – avec l’accord, la société réglerait ses différends avec les autorités de réglementation de ce pays. La manœuvre est actuellement interdite par décision du STF. Marco Aurélio Mello, ministre du STF, a déclaré: “Il est pernicieux de créer des ‘super organes’ rendant impossible le contrôle des finances publiques. C’est la perte de paramètres, c’est le manque de contrôle, c’est le désordre administratif”. L’opération Lavage Express a cherché à mettre en place un processus de capture par l’État et de destruction du système politique brésilien. L’arrestation injuste de l’ancien président est la première et la plus importante étape de ce processus qui, malgré le revers subi par la question de la «Fondation Lavage Express», se poursuit avec l’élection de Bolsonaro et la nomination de l’ancien juge Sergio Moro au poste du Ministère de la justice et de la sécurité publique.

Défendre la liberté immédiate de l’ancien président Lula, c’est lutter pour la démocratie en Amérique latine et dans le monde. C’est ne pas renoncer à la lutte contre les atteintes aux droits du travail et aux droits sociaux imposées par le gouvernement brésilien actuel. Face à cette situation, nous avons créé, avec un groupe d’entités et de personnalités, le «Comité international de Lula Livre», qui cherche à renforcer et à exploiter les initiatives existantes au Brésil et dans le monde pour la liberté immédiate de l’ancien Président Lula. Nous continuerons également à nous battre pour que l’ancien président Lula obtienne le prix Nobel de la paix 2019 – un mouvement imaginé par l’activiste argentin Adolfo Pérez Esquivel, lauréat du prix en 1980. Lula était un combattant infatigable contre la faim et la pauvreté – un leader mondial pour la paix et la dignité humaine. Lutter pour la liberté de Lula, c’est lutter pour la démocratie, les droits de l’homme et l’idée même de la primauté du droit démocratique dans notre pays.

Antonio Lisboa est secrétaire des relations internationales à la CUT Brésil (Centre Unifié des Travailleurs) et membre du comité international Lula Libre.

Central Única dos Trabalhadores / CUT | Traduit par Raisa Inocencio, Comité Marielle Franco. Révision: Marc Cabioch.