12 de August de 2019
Photo: Ricardo Stuckert

Dans un manifeste commun, un groupe de 17 juristes, avocats, ex-ministres de la justice et ex-membres de tribunaux supérieurs de huit pays demandent à la Cour suprême fédérale la libération de Lula et l’annulation des procès intentés contre lui.

Selon eux, les révélations sur le scandale des messages échangés entre le procureur Deltan Dallagnol, coordinateur de l’«Opération lavage express» (Operação Lava Jato), et Sergio Moro, qui a condamné Lula, «ont consterné tous les professionnels du droit».

«Nous avons été consternés de constater l’absence totale de scrupules avec laquelle les règles fondamentales de procédure judiciaire brésilienne ont été violées», ont-ils également déclaré dans le manifeste. «Dans un pays où la justice est la même pour tous, un juge ne peut être à la fois juge et partie dans un procès.»

Ils ont également déclaré qu’«en raison de ces pratiques illégales et immorales, la justice brésilienne traverse actuellement une grave crise de crédibilité au sein de la communauté juridique internationale».

Les avocats qui ont signé le manifeste exercent dans des pays tels que la France, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Belgique, le Mexique, les États-Unis et la Colombie.

Le groupe de signataires comprend Susan Rose-Ackerman, professeure de jurisprudence à l’Université de Yale. Elle est considérée comme l’un des principaux experts mondiaux en matière de lutte contre la corruption.

Le procureur Deltan Dallagnol avait, dans le passé, recommandé l’écoute des entretiens que donnait cette professeure et l’avait présentée dans des médias sociaux comme étant «le plus grand expert du monde en matière de corruption et de contrôle de celle-ci».

Le mari de la professeure, Bruce Ackerman, signe également le manifeste. Il avait été professeur du ministre de la Cour suprême fédérale, Luís Roberto Barroso, à Yale. Les deux sont amis depuis 30 ans.

Le magistrat brésilien avait même invité Bruce Ackerman à participer à un séminaire au Brésil portant sur la démocratie, la corruption et la justice.

D’autres personnes prestigieuses ont également signé le manifeste, entre autres le professeur italien Luigi Ferrajoli, référence mondiale en matière de sécurité juridique, l’ex-juge espagnol Baltasar Garzón, qui a condamné l’ex-dictateur chilien Augusto Pinochet pour crimes contre l’humanité, Alberto Costa, ex-ministre de la Justice du Portugal et Herta Daubler-Gmelin, ex-ministre de la Justice de l’Allemagne.

Le groupe est également composé d’ex-présidents et de membres de juridictions supérieures, tels que Pablo Cáceres, ex-président de la Cour suprême de la Colombie, et Diego Valadés, ex-juge de la Cour suprême du Mexique et ex-procureur général. de la République.

Moro est la cible centrale de la critique. Selon les juristes, «non seulement il a dirigé les procédures de façon partiale, mais il a, dès le début, orienté le procès de manière à obtenir la condamnation de l’accusé. Il a manipulé les mécanismes de la sentence, dirigé le travail du procureur, exigé le remplacement d’un procureur qui ne le satisfaisait pas et dirigé la stratégie de communication de l’accusation.»

«Il est clair aujourd’hui que Lula n’a pas eu droit à un procès équitable» ont déclaré les auteurs du manifeste. «Il n’a pas été jugé, il a été victime d’une persécution politique.»

Selon eux, la lutte contre la corruption est essentielle, or «dans le cas de Lula, non seulement la justice a été instrumentalisée à des fins politiques, mais l’état de droit n’a manifestement pas été respecté dans le but d’éliminer l’ex-président de l’échiquier politique».

Les signataires terminent le manifeste en déclarant qu’il est «indispensable» pour les juges de la Cour suprême fédérale «d’exercer pleinement leurs fonctions et d’être les garants du respect de la Constitution». Et ils demandent aux autorités de «prendre toutes les mesures nécessaires pour identifier les responsables de ces très graves écarts des règles de procédure».

Nous vous invitons à lire le document original ci-joint.

Folha de S. Paulo | Traduit par Antônio Artuso. Révision: Marc Cabioch.