24 de December de 2019
Ricardo Stuckert

Une fois de plus le pouvoir judiciaire a été le protagoniste du jeu d’échecs de la politique brésilienne en 2019.

L’année, qui a commencé avec l’emprisonnement de l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva (PT) à Curitiba (PR) et l’intronisation de Sergio Moro comme ministre de la Justice de Jair Bolsonaro, a connu un revirement à partir du 9 juin, avec la publication des messages privés des artisans du Lava Jato.

La série de reportages du The Intercept Brasil, surnommée «Vaza Jato» (le jet qui fuit), a montré les relations obscures entre Moro et les membres du groupe de travail à Curitiba (RP) et a contribué à déconsidérer l’opération.

Les fuites sont même remontées jusqu’aux membres de la Cour suprême fédérale (STF) et n’ont jamais été correctement éclaircies par le pouvoir judiciaire du Paraná ou par le procureur Deltan Dallagnol, chef du groupe de travail.

Parmi les principales révélations, il devint évident que Dallagnol voulait profiter de la renommée obtenue en tant que chef de l’opération et que Moro orientait illégalement les actions de Lava Jato, allant même jusqu’à s’immiscer dans les exposés d’accusation.

Parallèlement, les procureurs de Lava Jato au Paraná ont tenté de conclure un accord en milliard avec les États-Unis pour créer une fondation privée avec les fonds publics de Petrobras. Le «détournement d’attribution» a été interdit par le Tribunal Fédéral Suprême.

Persécution
La déconsidération du Lava Jato dans l’opinion publique n’a cependant pas commencé avec le “Vaza Jato”.

Au cours du premier semestre, la persécution de Lula a été mise en évidence de différentes manières, révélant les violations survenues depuis le début de l’opération.

Jusqu’en avril, l’ancien président n’a pas été autorisé à accorder des interviews, malgré les dispositions légales et les demandes de divers médias. Dans l’un de ses démentis, la juge Carolina Lebbos de la 12e Cour fédérale de Curitiba a tenté de faire valoir: “Le détenu se soumet à un régime juridique approprié et il n’est pas possible, pour des raisons inhérentes à l’incarcération, de lui garantir des droits comme ceux d’un citoyen en pleine jouissance de sa liberté.”

L’argument a été démoli par le président de la Cour suprême, Dias Toffoli, le 18 avril. La première interview a été accordée aux journalistes Monica Bergamo et Florestan Fernandes Jr., de la Folha de S. Paulo et de El País, huit jours plus tard.

Un autre événement qui a ruiné l’image de Lava Jato a été le rejet de la demande de Lula d’assister à la veillée funèbre de son frère Vavá. La décision a été si mal perçue par les Brésiliens qu’elle a été modifiée à la mort d’Arthur, petit-fils de l’ancien président. C’était la première fois que Lula quittait la prison – pendant quelques heures.

Présomption d’innocence
Dans tous ces cas, il y a eu une résistance populaire pour la défense de Lula.

L’une des traductions de ce sentiment a été la Veille Lula Libre, installée devant la Surintendance de la Police fédérale (PF) à Curitiba pendant les 580 jours au cours desquels l’ancien président a été aux arrêts.

Sur place, ont eut lieu des actions politiques, des activités de formation et des conversations avec des dirigeants politiques nationaux et internationaux qui ont visité le petista (membre du Parti des Travailleurs) au cours de l’année.

C’est à la Veille que Lula a accordé son premier discours après sa libération, le 8 novembre. “Nous ne pouvons pas permettre aux milices de détruire le pays que nous avons construit”, a-t-il déclaré le lendemain, faisant référence au gouvernement de Bolsonaro.

Il a également réaffirmé, devant des milliers de sympathisants de São Bernardo do Campo, sa volonté de lutter pour la justice.

Cette libération fut obtenue par une décision du Tribunal Fédéral Suprême qui a garantit le respect du principe constitutionnel de la présomption d’innocence et réaffirmé l’interdiction de l’arrestation automatique après condamnation en deuxième instance.

Dénouement
Au cours des dernières semaines de 2019, la séquence «Vaza Jato» sembla arriver au bout, mais pas la persécution de Lula.

L’ancien président a été condamné en deuxième instance dans l’affaire du «site d’Atibaia». Le Tribunal régional fédéral de la 4e région (TRF-4) a ignoré le «copier-coller» de la juge Gabriela Hardt de Curitiba et a augmenté la peine à 17 ans.

Les mésaventures vécues par Lava Jato tout au long de l’année ont affecté la popularité de Sergio Moro.

D’avril à décembre, selon le Datafolha Institute, le nombre de Brésiliens qui considèrent l’ancien juge comme «grand ou bon» a chuté de dix points – de 63% à 53%. Pourtant, le ministre de la Justice a réussi à faire approuver une partie de son paquet “anti-criminalité” au Congrès National et reste plus populaire que le président Jair Bolsonaro.

Face au progrès conservateur qui persiste au niveau fédéral, la liberté de Lula est considérée comme un atout pour les mouvements populaires en 2020, année des élections municipales. «Lula libre modifie les forces au profit de la gauche», explique le politologue Armando Boito de l’Université d’État de Campinas (Unicamp).

Mais la persécution continue, et il y aura un certain nombre de procès auxquels il devra répondre l’année prochaine.

Et pourtant, l’ancien président promet d’amplifier la résistance au gouvernement de Bolsonaro. Dans une interview à Brasil de Fato, l’une des dernières avant de retrouver sa liberté, il a déclaré: «Je vois Bolsonaro dire ses bêtises d’un côté, et de l’autre côté [Paulo] Guedes vendre le Brésil. Et nous menons une lutte économiste sans fin, quand je pense que la lutte est maintenant éminemment politique. Ils n’ont pas le droit de vendre le Brésil. Cela ne peut pas continuer à se produire. Nous devons retrouver l’esprit rebelle du peuple brésilien. »

Brasil de Fato | Edition Vivian Fernandes | Traduit par Francis Gast.